Qui es-tu ? Peux-tu te présenter en quelques lignes ?
YARPS Spray pochoiriste , « streetartiste » underground a mes heures perdues ...né a Paris dans le milieu des années 60.
A quel moment as-tu connu (ou vu) tes premiers tags, graffes, pochoirs, collages ?
Lorsque je suis arrivé a Panam...fin des années 80...j'ai découvert de superbes graffs dans les escaliers de Radio NOVA au 33 rue du Faubourg St Antoine ( la rédaction du journal Actuel...) Magnifique ( j'ai tout ca en photos argentiques )...mais le pochoir est différent et m'a tout de suite interpellé, il y a le coté « vite fait bien fait » qui est complètement adéquate pour intervenir dans la rue rapidement et éviter ainsi les ennuis avec la marrée chaussée avec néanmoins, un résultat souvent bleuffant ...de plus , il y a un vrai instant de bonheur et d'émerveillement lorsqu'on enlève la matrice après bombage et que l'on découvre le résultat sur le mur... j'ai essayé de faire partager ce petit instant de pur bonheur en créant le concept des kit pochoirs a l'époque de l'artboutique ( Zen Cop/ 51 Av de St Ouen )...je distribuait des kits contenant , matrices déjà découpées par mes soins , gants en latex et bombes le tout conditionné dans une box avec le pochoir dessus, le tout pour une somme modique compte tenu du temps passé a les faire ( je dois encore avoir une ou deux photos de ca...)... les gens qui en faisaient l'acquisition pouvaient bomber eux même leur pochoir immédiatement dans la rue ou ailleurs !
Jérome Mesnager, Blek, Speedy Graphito, Kriki ( Nukle-Art ), Epsylon, les VLP sont autant d'artistes que j'adore et qui ont étés des déclencheurs pour moi...
Une autre personne a joué aussi un rôle important dans mon parcours...un photographe féru de streetart notamment de pochoirs , amoureux comme moi de Paris, du nom de Gérard Lavalette...nous avons travaillé conjointement pendant plusieurs années...il prenait des photos pour moi spécialement dédiées a la découpe de pochoir que je découpais ensuite puis bombais sur les murs ...une fois poché , il prenait en photo le résultat sur le mur...ce mec est une mémoire vivante des pochoiristes parisiens...sa collection de photos est impressionnante...
Est-ce que cela t’a donné envie de faire la même chose ?
Oui !
Est-ce un passage obligé dans ta création artistique ?
C'est plus qu'un passage obligé mais une fin en soit...je veux rester toujours fidèle a la rue !
Tout comme l'artiste lord HAO un pochoiriste oldschool très talentueux que j'apprécie tout particulièrement, le coté underground est important dans ma démarche...
Au passage puisqu'on parle d'underground, j'ai également fait pas mal de pochoirs dans les catacombes ou plutôt les carrières de Paris que j'ai visité en long et en large pendant de nombreuses années...c'est d'ailleurs la, il me semble que j'ai du voir les premières silhouettes blanches de J. Mesnager ...
Il ne me reste pas beaucoup de photo de cette époque ( le numérique n'existait pas...) mais j'en ai trouvé sur le net sur des cites cataphiles...difficile de rester dans l'ombre même 30 mètres sous terre, c'est dingue !
Je suis très timide et n'aime pas me dévoiler, tu ne sais pas la chance que tu as d'avoir cette interview de moi... ha ha ha !!! d'ailleurs comme beaucoup de personnes timides , j'aime la provoc et les images chocs qui sont ma principale source d'inspiration avec la musique qui est carrément vitale pour moi...
Que penses-tu du graffiti ? Des « streetarteurs » d’un jour ?
Pas grand chose...chacun a le droit de s'exprimer a sa facon...tant que c'est dans le respect des autres artistes...
Peux-tu nous raconter ton histoire à partir du moment où tu as commencé ? En quelle année et dans quels endroits ? Qui as-tu croisé à cette époque ?
J'ai commencer a faire des pochoirs dans la rue a la fin des années 80...mais surtout lorsque je me suis installé a Paris début 90...j'habitais alors un studio, rue des Abbesses dans le 18eme, et bossais mes pochoirs au squat « Garage 53 » situé avenue de St Ouen non loin d'un autre squat « l'hôpital éphèmère... J'ai fais la connaissance au garage de presque tous les artistes qui allaient former le collectif de la Zen Copyright , SP38 , Pedrô! ( aka Pedrô de Belleville ) , Momo , Davis Dutreix , Mick , Eduardo, et aussi Basalt ( Banga & Shuck ) de super graffeurs...
J'adorais et adore toujours leur taf... J'étais le seul pochoiriste de la bande.
Je faisais surtout des pochoirs dans les différents squats da la capitale et parfois dans la rue...
Expulsions après expulsions nous avons ouverts de nombreux espaces dans Paris...
Rue d'Edimbourg, un ancien conservatoire dans le 8ème puis rue de Trevise dans le 9ème puis Passage Turquetil dans le 11eme, rue des cascades dans le 20ème, rue de La Grange aux belles dans le 10ème, rue du Dragon dans le 6ème et j'en oublies... d'autres pochoiristes comme mon pote le Bateleur (R.I.P.) ou CAD se sont joints a nous...Pedrô! ( a.k.a Pedrô de Belleville...bigup au passage ) s'est également mit au pochoir et ne fait maintenant plus que ce type de peinture.
Avec la Zen Copyright on collait dans les rues de Paris, c'était un peu notre marque de fabrique...je me souviens qu'on avait un caddy de supermarché rempli d'affiches et de colle avec lequels on faisait des tournées et on prenait même le metro avec pour aller coller !
La Zen s'est dissoute a la fin des années 90 , SP38 est parti a Berlin , Davis Dutreix a Nice au pigeonnier, Pedrô rue Denoyer, certains ont malheureusement rejoint les anges comme Mick, Eduardo , Le Bateleur...et nous manquent cruellement...j'en profite pour leur rendre hommage, ils sont toujours dans nos coeurs !
Dernièrement avec Pedrô nous avons formé un CREW ( pour être a la mode... ;-))) qui s'appelle le Crew du laid ou le Laid CREW...un pied de nez a ceux qui se vantent de faire du beau !!!
Notre slogan...besoin de personne en art laid !
As-tu « posé » à l’étranger ? Avec qui ? Et pourquoi ?
Je n'ai presque jamais posé a l'etranger personnellement mais en revanche, j'ai régulièrement des pochoirs collés sur les murs de Sao Paulo grâce a la folie et a la passion d'un pote que beaucoup connaissent dans le milieu du streetart , Eric Marechal aka Street Art Without Borders. Ce type génial qui est un fou furieux du streetart, profite de ses déplacements professionnels pour coller des artistes francais a l'étranger et a l'inverse ramène de l'étranger des artistes a coller a Paris et tout cela de facon complètement désinteressée si ce n'est qu'il prend systématiquement et minutieusement en photos tous ses collages, les archives et bien entendu, les transmets ensuite a l'artiste en question . Il apporte une réelle plus-value a l'oeuvre dans son choix du lieux, de l'endroit ou il colle, dans sa facon de coller comme dans la mise en scène de ses photos en général avec des personnages, des passants qui « collent » bien avec l'oeuvre. J'aime beaucoup poser avec lui lorsqu'il est a Paris, sa démarche est exceptionnelles et fait des émules et des jaloux aussi ( beaucoup de gens ne veulent pas croire qu'il puisse faire ca avec un total désintèressement )
As-tu exposé en galerie ? Et quand ?
1990 //
· Festival internationnal de Reuigort - Amsterdam
1992 //
· L'art boutique tombe les masques 18/23 fev Le Garage 53 Av de St Ouen 75018 Paris
· Une toile, une chaise, une chaussure 15/29 mai Galerie Zen Copyright 23 rue d'Edimbourg 75008 Paris
· A table ! 23/30 juin Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
· Mais ou sont nos poilus 10/24 nov Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
· Sâpes peintes de Noel 17/31 dec Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
1993 //
· Le printemps , les oiseaux, les expulsions 23/30 mars Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
· Vos papiers, on s'affiche 15 juin/ 15 juillet Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
1994 //
· Performance Bastille Galerie improvisée 9 oct
· Artistic Expulsiv Show & Colors – Magic Gallery – Berlin
· Retrospectivation Zen Copyright Panorama 3/15 dec Galerie 80 rue des Cascades 75020 Paris
1995 //
· L'art-moureux 16/23 fev Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
· Open Your Eyes to Open Doors 17 & 18 dec Galerie Zen Copyright Passage Turquetil 75011 Paris
1996 //
· Auront-ils la peau de Bouddha 1/15 avril Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
· L'art & la matière 3/10 dec Galerie 80 rue des Cascades 75020 Paris
1997 //
· Madame Cocotte & ses petits chéris 22/29 sept Galerie Zen Copyright rue de Trevise Paris
1998 //
· Coco & Co 21/28 mars Espace LAUTREC 11 rue André Antoine 75018 Paris ( Yarps- Charlie Schlingo- Max-Davis Dutreix-Les frères pomme de terre- La princesse des petits pois)
2010 //
· Matrices 1/13 juin Galerie 59 rue de Rivoli 75001 Paris
Est-ce que tu vis de ton art ?
Non, je ne vis pas de mon art et n'essaye pas de le faire...d'ailleurs , en règle general , je donne mes oeuvres ( a commencer par la rue...) ou j'aime bien aussi faire éventuellement des échanges, des trocs !
Les expos , vernissages et autres mondanités ne sont pas ma tasse de thé...je ne m'y attarde pas bien longtemps en général...
De plus mon boulot et ma vie de famille me prennent beaucoup de temps et du coup ma production n'est pas très conséquente...
Début 90, Un bombage dans le commissariat central du 18eme a la Goutte d'Or , a la demande des inspecteurs qui m'ont auditionné le lendemain matin après une nuit de garde a vue...
Les cowboys qui m'ont sérré et mis les pinces, eux, ont joué avec mes matrices et mes bombes pendant que j'étais derrière les barreaux...
Hallucinant de vider de la bombe dans les burlingues des inspecteurs a leur demande !
Je leur ai fait un Pedrô et un Gainsbourg … ( Ca tombe bien , il adorait finir ses soirées dans les commissariats de la capitale...
J'avais mon masque...pas eux ! Ils en ont pris plein les nasaux !
Y a aussi des gens bien chez eux... même si ca saute pas aux yeux ! si si ...
Tout cela s'est passé avec un autre ami pochoiriste avec qui j'officiais a l'époque , on s'est fait prendre en flag tout les deux !
Pour l'anecdote , le dossier qui devait être "classé verticalement" a refait surface 5/6 ans apres et nous a valu bien sur une après midi au chaud sur le banc des accusés du tribunal de l'ile de la cité... ( les gus ont du être mutés...) Bah...il y avait prescription ! On a écopé d'une amende que je n'ai jamais payé !
Autre anecdote : mon prénom Spray
Tout le monde a percuté que Yarps c'est spray a l'envers...( rien a voir avec YARPS le portail homo qui est apparu bien longtemps apres et dont je n'ai rien a voir !!! )
Lorsque nous étions dans les différents squarts avec la Zen Copyright , les huissiers de justice et autres gens assermentés qui envoyaient les lettres d'expulsions et de mises en demeure, passaient nous voir sur les lieux du délit afin d'établir une liste plus ou moins exhaustive des occupants … nous donnions bien sur toujours des noms fantaisistes et parfois d'artistes célèbres disparus...
Moi , je disais toujours m'appeler YARPS et comme ils voulaient aussi un prénom , je répondais Spray...du coup, j'ai tout un tas de lettres de mises en demeures , commandement de quitter les lieux , menaces d'expulsions au nom de Monsieur YARPS Spray...c'est assez hilarant de voir ca sur les courriers officiels avec les tampons et sceaux d'huissiers de justice
J'ai d 'ailleurs mis une de ces lettres en ligne sur ma page FB...
Photographies // Yarps et Tarek
Rencontre avec Mark Bode //// Une interview de Vincent Pompetti & Miceal
///// Quand vous étiez enfant, aviez-vous conscience que des writers à New York (puis dans le reste du monde) avaient peint plusieurs personnages tirés de l’univers de votre père ?
Mon père et moi prenions régulièrement le métro au début des années 70, mais nous n’avons jamais fait attention au graffiti qui en était alors au premier stade des Tags. Mon père n’avait aucune conscience de cet art underground du graffiti ou de l’influence que son style de persos ou de lettrage « bubble » allait exercer sur cet art. Il ne se rendait absolument pas compte de l’impact que son travail allait avoir sur la culture du Spraycan art dans le monde entier.
///// Que pensez-vous de l’influence de Vaughn Bode dans le Spraycan art et le Subway art ?
C’est tout simplement incroyable que j’aie pu être le témoin de l’éclosion d’un nouveau domaine artistique dont l’art de mon père a contribué à fonder l’imagerie. « WOW », qui aurait pu penser que ça arriverait ? Souvent, je pense que je suis en train d’assister à ça pour lui. Comme un fantôme observant un hommage d’un autre monde. Je vais voir une dédicace à Bode dans une production graffiti et je suis toujours de ce monde… Et je sais que c’est un hommage à Vaughn mais j’ai la sensation de le voir pour lui, ou que j’assiste de ma tombe à un hommage en mon nom. Je suis fier que l’art de Bode ait survécu, qu’il ait résisté à l’épreuve du temps. Et ce, dans une autre forme artistique, celui du Spraycan art. Un domaine artistique radicalement nouveau, en dehors du domaine des comics underground qui fut le champ artistique choisi de son vivant par mon père. L’influence du graffiti a offert à l’univers Bode une vie en dehors des comics. De cette façon, très peu de créateurs de comics décédés peuvent rivaliser avec la puissance de l’œuvre de Vaughn et sa légende qui ne faiblit pas. Ça aide d’avoir un fils qui poursuit cet art à différents niveaux, ça le préserve et le fait grandir, de voir de nouvelles œuvres créées et mises à jour : c’est essentiel pour qu’un artiste mort puisse continuer à travailler !
De cette manière, les personnages de mon père défient la mort. Et je suis de plus en plus fier de mon père, au fur et à mesure que je développe mon art. Je poursuis ses œuvres inachevées et insuffle de la vie à ses univers incomplets.
///// Pourquoi Cheech et autant d’autres personnages de votre père ont-ils influencé les writers new-yorkais dans les seventies ?
Les comics de mon père étaient bien visibles dans les années 70 à New York, d’autant plus que notre famille était installée dans le nord de l’Etat et que les éditeurs de mon père se trouvaient également à New York. Il a travaillé très dur pour se faire publier non seulement en BD, mais aussi dans des publications de science fiction et des journaux de rue. Du coup, n’importe quelle boutique vendant des accessoires de cannabis ou librairie de BD de l’underground new-yorkais se devait d’avoir ses comics en vitrine. Par conséquent, les premiers tagueurs ont pu les voir facilement. Ses histoires étaient profondes et mélancoliques et reflétaient nos propres vies ici sur terre. Les personnages et leurs petites vies tragiques, mais parfois traversées par le bonheur, sont comme une image miroir de nos propres vies sur cette Terre. Mettre un personnage de Bode près d’un graffe, c’est rendre le tableau aussi profond que nos existences et aussi « Street » que notre monde. En tout cas, c’est mon interprétation du succès de ses personnages. Ils sont aussi simplement très cool sur le plan stylique et l’épaisseur du trait de Bode est gras et donc facile à reproduire à la bombe.
Mon père était unique, un homme d’idées et un véritable artiste au service des artistes !
///// Pensez-vous qu’il aurait voulu être un graffeur ?
Une réponse que je peux donner avec certitude, c’est qu’il n’aurait jamais touché à une bombe de peinture. Je l’ai vu une fois en tenir : c’était vers 1970, il était en train de peindre à plat et en noir la surface de son bureau avec une Krylon. Je l’ai regardé et lui ai demandé si je pouvais peindre moi aussi, et comme il craignait les coulures, il m’a répondu qu’il valait mieux qu’il s’en charge lui-même. Et il n’aimait pas l’odeur qui s’en dégageait et voulait que je m’en tienne le plus loin possible. La raison pour laquelle je dis qu’il n’aurait jamais pris une bombe pour peindre une fresque murale, c’est que ses mains étaient toujours d’une PROPRETÉ MANIAQUE. Ses mains étaient un élément sacré de son art et il travaillait toujours ses pages avec un gant blanc. Il refusait même de regarder sous le capot d’une voiture pour éviter de risquer de se salir les mains avec l’huile de moteur. Jamais, il n’aurait touché à la peinture, même avec des gants, de peur de s’en mettre sur les bras ou sur les vêtements. Il aurait dit « ça, ce n’est pas pour moi ! »
Jamais Vaughn ne serait devenu un artiste du graffiti comme moi, et en ce sens, même moi, je ne me considère pas comme un graffeur. Je me vois comme un artiste du graffiti qui fait des fresques murales : ça ne me donne pas le frisson de signer mon nom, mais j’adore créer les visuels, les arrière-plans et les persos Bode à la bombe. Je laisse la calligraphie des Tags aux maîtres de cette forme artistique… Si j’écris ou si je peins de la typo, c’est toujours dans le style du lettrage des bulles Bode. Si c’est considéré comme du Tag, alors oui, je suis un tagueur, mais Vaughn, lui, ne l’a jamais été.
///// Qui était Vaughn Bode ?
Vaughn a commencé très jeune. A un très jeune âge il avait déjà créé des centaines de monde et d’univers . Il a crée son perso iconique Cheech Wizard à seulement 15 ans en 1957. Ses lézards suivirent quelques années plus tard en 1959. Il est allé au lycée à Utica, NY, puis à la fac à l’Université de Syracuse vers la moitié des années 60, et en est sorti avec un diplôme des Beaux Arts. Pendant un temps il a dû faire de mauvais boulots commerciaux qu’il détestait et dès lors, a mis toute son énergie à devenir un artiste indépendant. Que les gens aiment son art ou pas, il allait l’exercer à sa façon : il pouvait être très têtu sur ce point. Chez DC Comics ils l’ont jeté, lui disant de revenir quand il saurait dessiner. Il était si furieux qu’il est rentré à la maison et a brûlé presque toutes ses œuvres, en jurant qu’il le ferait à sa façon ou pas du tout. Un maître authentique est né de cette déception terrible que DC a infligé à son égo. Son style est devenu encore plus puissant et il a refusé de céder le copyright de ses œuvres à qui que ce soit. Il a été le premier dessinateur de bd à faire du « creator owned » et refusait des jobs si l’éditeur insistait pour avoir les droits. Mon père a même refusé de faire un comic strip pour Playboy pour cette même raison. Il a été un vrai défenseur des Artistes des années avant que quelqu’un ne songe à le faire.
///// Vous avez la même profession que Vaughn Bode. Est-il aussi d’une certaine manière votre père spirituel ?
Oui, je sens sa présence dans mes rêves tout le temps et je le sens parfois derrière-moi, me soufflant des idées à l’oreille pendant que je dessine. Je lui demande souvent son avis sur mes œuvres dans mes rêves et il m’encourage ou me dit de procéder autrement ou de continuer sur cette voie, me complimentant sur le boulot. La plupart du temps, il est très positif, me sourit fièrement et me serre dans ses bras. C’est très rare que dans la mort on reste si proche d’un parent et je suis chanceux d’avoir un esprit aussi fort pour veiller sur moi et que des choses magiques arrivent dans ma carrière.
///// Et vous Mark, qui êtes-vous ?
J’ai 47 ans et j’ai commencé à faire de la BD professionnellement à 15 ans lorsque j’ai été embauché pour faire les couleurs sur les dessins de mon père pour le magazine Heavy Metal en 1978. Dès l’âge de 3 ou 4 ans, mon père m’a encouragé à dessiner des comic strips en me donnant 25 cents par strip que je faisais pour lui. Je pouvais avoir UN DOLLAR pour 4 ! J’ai toujours voulu marcher dans ses pas et lui savait que j’avais la capacité de devenir un artiste à part entière. Même petit, j’étais doué et il m’empruntait souvent mes idées pour les utiliser dans ses propres comics. Par exemple, le Lézard Frankenstein dans l’histoire de Cheech l’enchanteur était mon idée. Je transformais souvent les lézards en monstres et il adorait mes idées. J’ai commencé à me faire connaître avec mes propres BD au début des années 80 et j’ai pu tout de suite bien en vivre. Je n’ai jamais chercher de boulot alimentaire parce que chaque projet dans lequel j’étais impliqué je trouvais un débouché grâce à mon père. Ça n’a jamais été facile, mais je n’ai jamais eu à travailler aussi dur que lui pour gagner de l’argent parce que j’avais un héritage à faire vivre. J’ai travaillé sur les Tortues Ninja pendant une courte période dans les années 90 et j’ai été l’un des huit artistes d’origine à travailler sur les Tortues. Quand la BD a commencé à être moins lucrative, je me suis lancé dans le tatouage pour trouver une nouvelle façon d’utiliser mes capacités artistiques. Alors j’ai commencé à tatouer en 1994, et en ajoutant ça à ce que je faisais en BD, j’ai continué à bien gagner ma vie. Être versatile a toujours été la clé de notre survie familiale.
///// Quand avez-vous commencé à graffer ?
Ma première œuvre a été publiée en 1986 dans le livre Spraycan art de Chalfant. J’étais une sorte de bête curieuse à l’époque car les persos de Vaughn étaient déjà devenus des icônes et voilà que je marchais sur les traces de mon père, la bombe à la main. C’est pour ça surtout que je me suis retrouvé dans ce bouquin culte, et pas parce que j’étais extraordinaire, juste à cause de la réputation de mon nom dans la communauté du graffiti.
///// Et avec qui ?
J’ai rencontré DONDI à peu près à la même époque, mais on ne peignait pas ensemble. On traînait tous les deux à la Bodega des beaux-parents de ma mère à Brooklyn où chacun dessinait dans le carnet de croquis de l’autre : on parlait de mon père tout en faisant des crobars. Plus tard, j’ai rencontré des artistes de la baie de San Francisco comme RAZOR, SHADOW et RAYYYN, puis HAM2, THORN et CRAYONE. Ce sont eux qui m’ont encouragé quand j’ai commencé en 1986. Quelques années plus tard, j’ai rencontré Dr. REVOLT, ZEPHYR et SEEN aussi à New York. REVOLT est devenu mon mentor dans le monde du graffe et il m’a appris le contrôle et la technique au fil des années. Je l’ai embauché pour m’aider sur les couleurs du livre Le Lézard d’Oz que j’ai fait en 2000 aux Editions Fantagraphics et où j’ai fait renaître Cheech comme le vrai « Magicien » d’Oz.
© Mark Bode
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Chaque fois que je voyais un perso Bode dans un graffe, je sentais que j’étais capable de le faire, et que je ne serais pas heureux avant de savoir le faire à la bombe. Alors je bombais à la moindre occasion, mais malgré ça, je ne le faisais pas assez pour devenir bon. Ce n’est que ces 5 dernières années, quand j’ai quitté la côte Est pour déménager à San Francisco, que j’ai pigé le « truc », parce qu’on m’a donné tellement de spots à peindre que j’arrivais à peine à répondre aux demandes. Maintenant avec la nouvelle gamme de peinture Alien par Montana, et après des centaines d’heures de peinture au compteur, je suis enfin satisfait de ma maîtrise de la bombe, et j’adore ce médium, que je ne quitterai que lorsque je ne pourrai plus monter à l’échelle. Je sens que le Graffe m’a ouvert l’esprit aux fresques géantes, et que je suis capable de faire de l’art que personne n’a encore vu chez les Bode. Le meilleur reste à venir pour moi dans ce domaine. J’ADORE le Spraycan art, surtout maintenant que je ne crains plus !
///// Quels sont les writers que vous avez rencontrés ?
Je n’arrive pas à me les rappeler tous, mais ceux dont je me souviens, c’était en gros dans cet ordre : DONDI, REVOLT, ZEPHYR, MARE, KEL, SEEN étaient parmi les premiers. J’en oublie forcément, mais ils se reconnaîtront et j’ai du respect pour chacun d’entre eux.
///// Et des writers dans d’autres pays qui utilisent Cheech ?
J’ai peint avec le Bandit Krew à Barcelone et à Londres à de multiples reprises. On a aussi fait une production Bode à Berlin au club YAAM à l’initiative d’Overkill. Je rencontre trop d’artistes pour les mentionner tous et je ne veux pas en n’en nommant que quelques uns, et que les autres se sentent insultés alors qu’ils sont tous incroyables. J’ai vraiment une chance inouïe d’avoir tant d’amis artistes à l’étranger.
///// Quels sont les writers de la première génération avec qui vous avez peint ?
REVOLT est vraiment celui avec qui j’ai le plus peint. SKET, MED et KEL me viennent à l’esprit aussi. J’ai fait beaucoup de graffes avec STAN153. SEEN et moi avons travaillé de concert sur des projets sur la figurine vinyle de la Bode Broad, mais on n’a pas encore peint ensemble. Bientôt, j’espère…
///// Et des métros ?
Non, mais j’ai fait pas mal de « Burners » en Cobalt 60 sur des wagons de fret au fil des années. Je suis trop vieux pour me faire courser par la police et leur échapper. Alors je choisis des murs légaux et des boulots payants pour réaliser la plupart de mes pièces.
///// Pouvez-vous nous parler de votre projet Cheech Wizard en 3D ?
Cette animation a été faite par Nigel Hendrickson, un ami new-yorkais, sur son temps libre. Il m’a demandé de faire les voix et la musique pour le court-métrage. Mon père a créé les voix pour son diaporama Cartoon Concert dans les années 70 et j’ai hérité des mêmes aptitudes alors j’ai fait de mon mieux pour les recréer. Cheech a besoin d’être animé en traditionnel, pas sur ordinateur. Des boîtes m’ont approché pour faire une série animée, mais aucune n’est arrivée à le faire. Cheech passera à l’animation un jour : c’est un perso trop cool pour ne pas exister ! Mais en ce qui me concerne, quand ça arrivera, il faudra que ce soit en animation traditionnelle. J’ai déjà écrit 15 épisodes au cas où.
///// Pouvez-vous nous parler de ce qui se trame autour de Cobalt 60 ?
Cobalt 60 est le seul personnage principal de mon père qui avait vraiment besoin de plus d’histoire pour réaliser tout son potentiel. Le scénariste et artiste Larry Todd et moi avons décidé d’aller plus loin sur Cobalt 60 et d’en faire une histoire complète de 150 pages tout en couleurs. J’ai commencé en 1983 et j’ai terminé toute l’histoire en 1993. J’étais satisfait de la masse de travail réalisée et considérais que l’affaire était faite. Je ne comptais pas continuer, jusqu’à ce que, il y a quelques années, je reçoive un coup de fil de Zach Snyder, le réalisateur de 300 d’après la BD de Frank Miller. Il m’a dit qu’il rêvait de faire Cobalt 60 en long-métrage avec des acteurs, et que maintenant qu’il était connu, il voulait le faire avec Universal.
J’étais sceptique à ce sujet. On m’a déjà fait des offres pour des films avant et elles sont toutes parties en fumée. Puis il m’a invité avec ma femme Molly sur le plateau du film Watchmen et nous a traités comme des princes. J’ai réalisé à ce moment-là qu’il adorait notre travail et que ça allait être une combinaison fantastique. Une confluence magique des esprits et des talents qu’il fallait sur un tel projet. Une fois de plus, la magie Bode m’a pris par surprise en me faisant rencontrer le réalisateur idéal pour ce projet. Nous travaillons actuellement sur le scénario et le film devrait entrer en pré-production en 2011, mais les films prennent beaucoup de temps à se faire. Pendant ce temps, je travaille sur la prochaine histoire de Cobalt 60 qui se passe après que le fils de Cobalt soit devenu un prince avide de pouvoir puis assassine sa propre mère. Et pour régner, il doit tuer Cobalt ! Cette fois j’écris et je dessine donc c’est une pure production Bode et l’histoire a une triple fin démente. Ça n’est pas une histoire à « happy end », mais elle est bourrée d’action et de suspense. YES !
///// Des rumeurs circulent sur votre venue en France, qu’en est-il ?
La première semaine d’Octobre dans la ville du Havre, nous participons à une expo de BD dans un manoir. Le premier étage de l’expo est dédié aux années 60 et j’y expose les planches originales de mon père ainsi que les miennes pour la première fois en France depuis 1975 quand mon père a fait son Cartoon Concert dans la Salle de Bal au Louvre, à Paris. C’est une expo à voir absolument car les originaux de mon père sont sensibles à la lumière, et nous n’exposons pas souvent ses planches car l’encre s’efface très facilement à la lumière. Je profiterai aussi de ma présence au Havre pour faire un cours de graffiti. Je n’ai pas encore la date précise alors vous devrez chercher l’info de votre côté. Mais je serai donc présent avec une Expo Bode pour les Français qui souhaiteront voir les œuvres originales.
///// L’œuvre de Bode est présente dans le monde. Avez-vous ressenti cela ces dernières années ?
C’est difficile de l’ignorer. Elle est comme un seau d’eau dans lequel je verse quelques tasses et quand je reviens, je trouve le seau plein. Quand je jette l’eau du seau dans le lavabo et que je reviens, c’est le lavabo qui déborde. Elle a sa vie propre et quand je serai parti à mon tour, je suis sûr qu’elle continuera à s’étendre de différentes manières ! Un artiste qui n’est pas encore né, va créer une Nana Bode en 3-D qui dormira dans votre lit comme compagne idéale de l’artiste de Graffiti. J’en suis persuadé, mais ça sera peut-être dans 50 ans ! D’ici là, je serais en train de jouer avec Cheech et la bande dans l’Univers Bode dans une sorte de Paradis, mais en mieux…
///// Qu’est-ce qui vous donne envie de continuer ?
Je crois que je veux que mon père vive, alors je le garde en vie en prolongeant la vie des univers qu’il a créés. Je crois que je veux que ma mère vive, alors je la vois dans mes dessins et à ce moment là, elle vit. Je veux finir ce qu’on a commencé ici et achever le rêve avant que je sois de la poussière d’étoiles et que je fasse à nouveau partie de notre gigantesque univers, lorsque j’aurai quitté ce monde. Je veux finir ce qu’on a commencé pour en partager la richesse et la passion avec ma femme Molly et ma fille Zara, mes amis et leurs amis et les gens qui aiment ce qu’on a fait. Les gens qui aiment notre travail sont ceux qui font que ce soit magique et sont les vrais gardiens de la flamme Bode, qui l’entretiennent. À chaque fois qu’ils lisent ou achètent les livres, Cheech et la bande reviennent à la vie et ça c’est vraiment magique !!! Quelque chose que Vaughn nous a enseigné : que nous pouvons tous partager ce monde à égalité. Si ça c’est un songe, alors allons-y vivre !
///// Quel est votre désir d’artiste encore non assouvi ?
Je veux créer un parc BODE WORLD avec des manèges érotiques et du divertissement X et des tripots, de l’alcool et de la prostitution pour les hommes et les femmes ! Et où l’on puisse FUMER ! Un Disneyland pour adultes. Cheech Wizard en sera le Monsieur Loyal : « Par ici, Mesdames et Messieurs, pour le plus beau spectacle de l’univers », « Chevauchez le bonnet C ! », « Venez vomir votre déjeuner sur l’Astro Glide ! », « Vivez le Tunnel de l’Amour, version Bode » ; « Donnez au Lézard un bon coup de pied dans les couilles ! » et « venez gagner une fellation gratuite ! »…
Voilà ce que je désire ! Tout ce qu’il nous faut, c’est 50 millions de dollars et environ mille hectares de terrain. Ca ne me demandera que quelques jours pour le dessiner et l’on pourra le construire !
Appelez-moi !!!!
Pour plus d'informations ///// www.markbode.com
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| Baloo en dédicace |
Baloo parle ///// Interview de Vincent Pompetti
///// Tu as été sacré 2e plus grand fan des Simpson de Belgique. As-tu déjà envisagé d’aller graffer un Homer sur un mur ?
C’est vrai que je suis fier d’être le second plus grand fan belge des Simpson ! J’ai rarement reçu des prix, jamais à l’école du moins… Et là, en participant à cette émission, j’arrive second. Pour la petite histoire : juste avant que l’émission ne commence, j’ai donné sans le savoir une réponse au gars qui a gagné. Sinon, il ne m’est jamais arrivé de graffer quoi que ce soit, mais je me suis fait « greffer » Homer en pied et en couleur sur l’épaule gauche, un super tatouage qui me vaut d’être traité de cinglé par mon entourage.
///// Les Simpson ont un côté « bubble-gum » : es-tu attiré par l’univers du graffiti et ses lettres déformées ?
Je t’avoue que je n’y connais rien en graffiti. Ce n’est pas que le côté graphique qui m’attire dans les Simpson, mais surtout l’esprit de la série. Ce n’est pas pour rien qu’on en est à la 21e saison : un record pour une série animée !
///// Il y a un côté festif et joyeux dans ton dessin. La bonne humeur est-elle un leitmotiv pour toi ?
Oui ! Comme on dit chez nous : « il vaut mieux en rire qu’en pleurer, la grimace sera plus belle ». J’ai comme tout le monde des baisses de moral de temps en temps, mais je préfère positiver. Il faut dire que je ne me prends pas trop au sérieux…
///// Es-tu un habitué de l’univers du cirque ?
Non, je suis allé pour la première fois de ma vie au cirque Bouglione, il y a quelques mois seulement. Mais les récits de cirque me passionnent depuis que je suis gamin, j’ai d’ailleurs fait un album jeunesse sur ce sujet (La bourde des trois clowns) et, durant ma « période fanzine », j’ai dessiné des histoires sur ce thème, dont une sur un scénario de Philippe Foerster.
///// Dans Circus, on retrouve « les faibles contre les puissants » et pourtant l’histoire est à la fois légère, humaine et grinçante. Est-ce ton avis ?
C’est surtout dû à Tarek qui a scénarisé cet album. Je suis content parce que justement, il a abordé l’histoire du côté positif et puis n’oublions pas que Circus est catalogué « jeunesse »…
///// On remarque que le méchant cherche constamment à ralentir le parcours des héros, mais il n’arrive pas à les déstabiliser. Qu’en dis-tu ?
Parce que justement, ça parle de gens qui vivent leur passion et qui essayent d’en vivre, que les héros sont optimistes. Et ça, on connaît, nous les auteurs de BD qui vivons notre passion et devons nous battre pour essayer d’en vivre.
///// Dans le cirque comme dans le Street art, il y a une volonté de barioler le quotidien. Alors, Baloo bientôt déguisé en clown ?
Je me considère d’ailleurs comme un clown, un amuseur. Le problème est que certains éditeurs nous considèrent aussi comme des clowns, mais dans le sens péjoratif…
///// Diezer aka Diez // CW Crew / NC Crew
NC Crew (Nespa, Dacor, Shendo, Toast, Ruby, 1st Lady)
" J'ai commencé à peindre avec des bombes en 2007, mais mes premiers sketchs et tag sont de 1999 (j'avais 14 ans). Je suis originaire de Quimperlé dans le Finistère et là-bas le tag et le graffiti ne font pas partie des coutumes locales, j'étais donc assez seule à apprécier cette activité artistique. "
" Je m'isolais dans ma chambre et me penchais sur mes feuilles blanches, c'est de là que sont sortis mes premiers sketchs, mais rien de vandale. Puis j'ai quitté le Finistère pour l'Ille et Vilaine et me suis installée à Rennes, et là j'ai kiffé, des graffs des tags plein les murs, voila enfin une ville qui me comprenait. "
" J'ai commencé à rencontrer des graffeurs, puis j'ai fais quelques sessions vandales et je me suis lancée sur les terrains et murs légaux de Rennes. J'ai peins avec Dacor, Nespa , Shendo, Solek, Ruby, 1st Lady, PozerTwo, Bogota, Gano, Clodo, Toast, Kaze, Klassic, Slim, Dante... "
Interview // TBY
Photos // Diezer. All pictures are copyright 2010 © DR
Photos // Diezer. All pictures are copyright 2010 © DR
Son premier graffiti il le réalise dans un tunnel en pleine heure de pointe. Il finit par choisir AZAD qui signifie Liberté dans sa langue et pour le coup son pseudo procure de la force selon ses dires.
Il rencontre plusieurs graffeurs dont Touk, Steuway, Fal1, Drone, etc...
" (...) celui que j'aimais quand j'étais tipeu, c'était Sokle, il était sur tous les suports, mais surtout les toits ! Il a pété beaucoup de devantures à l'acide aussi... Apres les UV TPK comme Trane et Dexa pour les feros et Spadz pour les tampons de la B !"
Interview // TBY
Photos // Azad. All pictures are copyright 2010 © DR
















































